mardi 29 janvier 2013

Les Morues - Titiou Lecoq

<les Morues - Titiou Lecoq>

L'histoire
Ema assiste à l'enterrement de Charlotte, une amie d’enfance qu’elle a un peu perdu de vue ces dernières années et qui vient de mettre fin à ses jours. Ema a bien du mal à croire à la thèse du suicide et se demande si Charlotte n’a pas plutôt été assassinée. En effet, Charlotte, qui était conseillère dans une société spécialisée en économie, travaillait sur un dossier sensible et avait visiblement l'intention de révéler des informations à la presse... Afin de percer ce mystère, Ema va solliciter l’aide de ses copines -les morues- ainsi que celle de Fred, le frère de son ex petit ami. Ce roman n’est pas pour autant traité comme un polar. Il s'agit plutôt d'une étude de la société d'aujourd'hui (Internet et les réseaux sociaux, la précarité de l'emploi, la vie en couple, etc.).

Mon avis
J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce roman qui m’est apparu comme très confus dans les premières pages. Il n’y a pas un thème mais plusieurs, et ça part quand même un peu dans tous les sens. Par ailleurs, le style de l’auteur, m’a un peu dérangée. Titiou Lecoq est capable de très bien écrire mais elle se "lâche" aussi beaucoup, ce qui fait qu'elle tombe assez vite dans le vulgaire. J’ai réussi malgré tout à passer outre et j’ai pris du plaisir à lire ce roman que j’ai trouvé plutôt distrayant. Les personnages sont très attachants, surtout Ema, une morue au caractère entier et Fred, un type brillant mais totalement immature. Et j’ai bien apprécié la playlist à la fin de chaque chapitre. Et oui, comme les morues organisent des soirées DJ, on a droit à une playlist de titres à découvrir ou redécouvrir.

Mes citations préférées
"L'accès à l'information, c'est pas très compliqué. Le tout c'est de faire l'effort de se renseigner."
"Il faut tenter des choses dans la vie. Sinon, c'est pas vraiment la vie."
"Les frontières sont nécessaires, principalement pour le plaisir de les transgresser."
"Dans chaque dimension, votre individu doit être tenu à l’écart de vos autres émanations, sinon vous risquez de provoquer un court-circuit temporel."
"Il faut cesser de voir le couple comme un espace où l’on doit se sacrifier, sacrifier ses envies et ses libertés à la divinité du couple."

Quelques extraits
"Sa copine était bien morte - sinon pourquoi tous ces gens seraient réunis. Elle était morte et Ema eut l’impression très précise qu’avec elle quinze ans de souvenirs avaient été anéantis. Tous ces souvenirs à partager avec une morte. Avec personne. Ils seraient rétrospectivement ternis par cette mort. Ce ne seraient plus des souvenirs mais des évocations teintées de mélancolie, vagues et incolores."
"C’était vraiment trop compliqué et pénible ces relations de couple. Par essence, ça ne pouvait pas être simple, léger et facile. Elle avait beau lui avoir répété pendant des mois qu’ils n’étaient pas ensemble, « On n’est pas ensemble, on n’est pas un couple, d’accord ? », une inévitable régularité dans la fréquence des soirées passées ensemble s’installait et s’ensuivait un cortège de problèmes affiliés à la notion de couple."
"Pour les morues, il paraissait évident que les réflexes sexistes dont on accusait les hommes, c’était d’abord chez les femmes qu’il fallait les traquer. Tous ces automatismes, enfouis, larvés, fruits d’un long conditionnement. Mais il était foutument plus difficile, car honteux, de se reconnaître un comportement de femme soumise que de balancer aux hommes qu’ils étaient des machos en puissance."
"Il ne se leurrait pas sur son intérêt pour la beauté intérieure. Il savait pertinemment que, pour lui, le physique était essentiel. D’ailleurs, c’était sûrement pour ça que toutes ses relations amoureuses capotaient. Il ne choisissait pas les filles selon les bons critèress. Il suffisait d’une paire de fesses rebondies pour qu’il tombe amoureux - ce qui, il en avait bien conscience, ne constituait pas une base saine pour une relation amoureuse."
"Elle vieillissait et les réussites personnelles qui auraient dû compenser ce délabrement commençant n’étaient pas là. Elle ne pouvait rien faire contre le passage du temps mais si son compte en banque avait été bien fourni, si elle avait eu un boulot épanouissant, si… toutes ce réussites lui auraient servi à compenser cette peur incontrôlable du vieillissement."
"Elle trouvait que Gabrielle avait un culot monstre de remettre en doute son intégrité de Morue. Tout ça parce que madame sortait avec un con alors que Blester était adoré par tout le monde. De la jalousie pure et simple, corsée de mauvaise foi - c’était quand même pas à Ema que Gabrielle allait apprendre comment vivre pleinement sa vie de Morue."
"Le ciel parisien était désespérement clair. Même en pleine nuit, pas une étoile en vue. Un voile perpétuel était dressé au-dessus de leurs têtes folles. Gabrielle était une ancienne pute, Alice était Nénuphar, Fred était une star et Blester avait des larves dans le cerveau. Finalement, elle était peut-être la plus équilibrée au milieu de ce bordel généralisé. Bordel dont elle rirait certainement dans quelques années."
"Comment avait-elle pu espérer trouver enfin un équilibre que personne n’avait été foutu d’acquérir depuis des millénaires. Pourtant, elle y avait cru. Elle y avait cru à l’aide de théories mathématiques. « Si dans toutes les relations, il y a un dominant et un dominé, il suffit que les deux rôles s’inversent régulièrement pour que l’inégalité s’efface. » Mais non, cette putain de vie à deux c’était le combat à mort de deux ego, cétait au mieux une lutte perpétuelle, au pire une défaite perpétuelle d’un des deux. Un bain de sang masqué par des sourires et des mots doux. Tout n’était que duel, piques, chantage, viens, ne viens pas, occupe-toi de moi, oui, non, pas maintenant, plus tard, je veux. La modernité et Freud avaient juste offert des armes supplémentaires."

Ma note

mercredi 23 janvier 2013

L'Uni

J'ai eu envie de découvrir ce restaurant suite aux commentaires élogieux que j'avais pu lire par ci, par là. L'Uni fait par ailleurs partie des 3 restaurants pour lesquels le jury des Tables de Nantes 2013 a eu un "coup de coeur", les 2 autres étant Les Chants d'avril et Lulu Rouget.

Le restaurant est situé dans la rue Fouré, à proximité de la Cité des congrès et du quartier du Champ de mars. On tourne un peu dans les rues avant de trouver une place. C’est un peu galère pour se garer dans le quartier…. Mais il en faut plus pour nous décourager et puis de toutes façons, on a réservé !

A notre arrivée, l'un des serveurs nous demande si l'on veut prendre un apéritif au salon ou si l'on souhaite passer directement à table. Nous répondons tous les deux en même temps, Eric dit "directement à table" et moi "au salon". Bon, ça commence bien... ;-) Finalement, on s'installe dans le petit coin salon où l'on nous amène la carte des boissons en nous précisant qu’il y a aussi un cocktail maison préparé avec du nectar de bananes, du jus de passion, du curaçao et du rhum. Va pour 2 cocktails maison !

Pour accompagner nos boissons, nous avons droit à une petite purée de lentilles façon guacamole et 4 mini tortillas au blé noir. C’est original... sans plus... Nous n’avons pas demandé quel était le prix du cocktail, cela aurait pourtant été judicieux.. Il n’est pas mauvais mais pas franchement inoubliable non plus et du coup son prix (9 €) est vraiment élevé à mon goût.

Les entrées, poissons, viandes et dessert proposés à la carte donnent franchement envie. L’Uni propose également un menu Carpe Diem et offre la possibilité d’une découverte 4, 5 ou 6 temps. On opte pour une découverte en 4 temps (1 entrée, 2 plats et 1 dessert) à 35 €. Je demande à la serveuse si le choix des plats se fait parmi ce qui est proposé à la carte. Que nenni ! C’est un menu surprise, dé-cou-verte, carte blanche au chef quoi ! On part malgré tout sur le menu découverte, cela revient quand même moins cher qu’à la carte. 

Bon allez on passe à table ? A peine installés, on nous apporte, en guise d’amuse-bouche, un bouillon au persil, racine, poireaux et oignons. Un peu surprenant d’avoir du bouillon en amuse-bouche mais il est bon, très parfumé et servi bien chaud.

En entrée, on nous sert une salade de chou rouge avec des feuilles de courge Butternut, des champignons japonais (appelées oreilles de juda), du couteau et un bâtonnet d’anguille fumée. Je fais un peu la grimace par rapport à l’anguille mais au final, heureusement qu’elle est là car elle permet de relever le goût de cette entrée qui reste assez fade dans son ensemble.

Le premier plat est un plat de poisson. Chouette, j’adore le poisson ! Et c’est une dorade royale que l'on nous sert avec une émulsion de pommes de terre à l’huile d’olive et un soupçon de caviar d’aquitaine. La dorade est bonne, la chair se détache bien tout en résistant un peu, signe d’une cuisson bien maîtrisée. L’émulsion de pomme de terre est bonne également mais je ne peux émettre d’avis sur le  caviar, il y en a si peu que cela ne valait pas forcément le coup d’en mettre. Enfin, si pour la couleur ! L’ensemble reste réussi. En terminant mon plat, je m’aperçois que j’ai oublié de prendre une photo… Et m…. !

C’est que c’est pas facile d’être un food reporter ! Il faut prendre des notes parce qu’il est difficile, voire même impossible, de tout mémoriser et il faut aussi prendre des photos ! Bon d’accord j’adore ça mais quand même ;-)

Le 2nd plat est un plat de viande. C’est du magret de canard grillé sur la peau arrosé d’un jus au lait de coco et persil et servi avec des champignons, des airelles, des pommes de terre du Pérou et de la racine. Le magret a bon goût mais il est un peu épais et pas suffisamment cuit. Les légumes servis en accompagnement ne sont pas mauvais mais il y en a vraiment très, très peu.

Place au dessert ! J’espère qu’on va se régaler…  C’est une ganache au chocolat  présentée à la façon d'un petit poussin qui viendrait d'éclore (la coquille est à la meringue), du mangoustan (c'est le fruit posé sur la ganache), du pitaya (c'est celui qui est blanc avec des petits points noirs), du ramboutan (c'est le petit fruit qui ressemble à un oursin rouge) et un sorbet au litchi. La patronne prend le temps de montrer à chaque client ce à quoi ressemblent ces fruits aux noms exotiques.


La ganache au chocolat est bonne. C’est une bonne idée de faire découvrir des fruits exotiques, même si les fruits choisis n'ont pas de saveur particulière. La meringue est bonne mais je la trouve un poil trop sucrée. Le sorbet apporte une note de fraîcheur à l'ensemble.

On termine le repas avec un café qui nous est servi accompagné d’un petit financier.


Alors verdict final ? Bilan mitigé… Le lieu est sympa, très cocooning et le service en salle est  discret et attentionné. On a bien mangé, mais j’ai envie de dire sans plus. Du coup, l’addition (près de 120 €) est un peu sévère !

Le tapage qui est fait autour du restaurant l’Uni n'est absolument pas justifié et je ne le conseillerai pas particulièrement, même si nous avons passé une assez bonne soirée malgré tout.

Ma note


  

Restaurant L'U.Ni
36, rue Fouré
44000 Nantes
TÉL :  02 40 75 53 05

dimanche 20 janvier 2013

Zoo de Beauval

Situé à St Aignan, dans le Loir-et-cher (41), le zoo de Beauval abrite la plus grande collection animalière de France. En effet, 4 600 animaux de 500 espèces différentes parmi lesquelles certaines sont peu ordinaires (comme les koalas, les tigres blancs, les lions blancs et les pandas géants). Nous avons profité de notre séjour en Touraine pour le visiter.

Après avoir compris de quelle façon il fallait s'orienter dans cet immense parc zoologique, nous sommes allés assister au nourrissage des koalas qui était prévu à 11h30. Malheureusement, ces adorables petites bestioles étaient endormies...


Il faut savoir que les koalas, qui vivent en Australie, se nourrissent exclusivement de feuilles d'eucalyptus, et comme cette nourriture ne leur apporte pas beaucoup d'énergie, ils passent beaucoup de temps à dormir, solidement accrochés à une branche d'arbre. 

Nous sommes retournés les voir dans l'après-midi et là nous avons eu plus de chance, ils étaient réveillés... ;-)


A 12h était prévu le nourrissage des gorilles et des orangs-outans. Ce sont les orangs-outans qui ont été nourris en premier. En malaisien, orang-outang signifie "homme de la forêt". L'orang-outan est, en effet, très bien adapté à la vie dans la forêt grâce à ses longs bras. C'est le plus grand des mammifères arboricoles. 

Celui-ci se réjouit à l'idée de manger...

Et celui-là, nous fait son petit numéro.


Puis, les gorilles ont été nourris à leur tour. Bien qu'ils soient imposants, les gorilles sont des animaux doux et paisibles. D'une force exceptionnelle, cet animal est un végétarien qui passe une grande partie de son temps à chercher de la nourriture. A Beauval, les gorilles sont nourris 7 fois par jour.

Voici Asato, le gorille mâle. Certes il est impressionnant mais il paraît que c'est un papa tendre avec ses enfants. Bon j'voudrais pas être à la place de la femelle, lol ;-D


Et voici une femelle chimpanzé avec son petit...


A 14h30, était prévu le nourrissage des pandas géants. Pour la petite histoire, il faut savoir que deux pandas géants (répondant aux noms de Huan Huan et Yuan Zi) se sont installés à Beauval depuis peu. Ils ont été prêtés au zoo de Beauval dans le cadre d'un programme de recherche et de conservation, mené en coopération avec la base de pandas de Chengdu en Chine.

Le panda est un animal solitaire qui vit en Chine centrale, dans les forêts de bambou, jusqu'à 3 400 m d'altitude. Il se nourrit en majorité de bambous (près de 20 kgs par jour d'espèces différentes). Le panda passe donc près de 14 h par jour à... manger ! Encore faut-il avoir la chance de pouvoir les observer en pleine action...

A 14h30, notre gros pèpère n'était absolument pas décidé à descendre pour manger.


On a donc attendu que Monsieur se décide et finalement, après un certain temps, il s'est mis à descendre de son arbre...


Et à manger, on était venu pour ça quand même ;-)


Sinon, on trouve aussi des alligators du Mississipi. Curieusement, chez cette espèce dite polygame, ce sont les femelles qui courtisent les mâles.


Et voici un ouistiti argenté. Les ouistitis vivent sur le continent américain, en groupes de 3 à une quinzaine d'individus.


Petit tour chez les fauves, afin de découvrir des espèces l'on a jamais eu l'occasion de voir, comme le lion blanc.


Les lions blancs sont considérés comme des créatures mythiques en Afrique du Sud. Ils seraient le signe d'une bénédiction divine pour les observateurs chanceux... Le lion blanc est issu d'une mutation génétique. Cette mutation est à l'origine d'une déficience et d'un pigment colorant naturel : la mélanine.

Autre espèce de fauve que l'on a pas souvent l'occasion d'observer : le tigre blanc.


Rarissime, le tigre blanc n'est ni un albinos, ni un tigre de Sibérie. Lui aussi est issu d'une mutation naturelle engendrant une déficience en mélanine qui peut survenir chez toutes les sous-espèces de tigre. 

Enfin, le puma, appelé aussi cougar ou lion des montagnes. Cette espèce habite aussi bien les forêts froides du Canada que la pampa argentine ou la forêt tropicale brésilienne.


L'heure tourne, le parc va bientôt fermer. On se précipite vers le coin des herbivores afin de prendre quelques clichés de girafes...


de zèbres (on a eu la chance de voir un tout petit)


et d'antilopes !


Si vous en avez l'occasion, n'hésitez pas à partir à la découverte de ce zoo. On peut en faire le tour en 1/2 journée mais franchement je conseille de prévoir la journée entière. Cela permet de profiter des animations, et de prendre le temps d'observer les nombreuses espèces.

ZooParc de Beauval
41110 SAINT-AIGNAN

mercredi 2 janvier 2013

Les chaussures italiennes - Henning Mankell


L'histoire
Fredrik Welin, sexagénaire, vit reclus depuis 12 ans sur une île isolée d'un archipel suédois avec pour seuls compagnons une chienne et une chatte vieillissantes et pour seules visites, celle du facteur, un dénommé Jansson. C'est parce qu'il a commis une terrible erreur alors qu'il exerçait en tant que chirurgien qu'il a décidé de fuir la compagnie des hommes. Cet isolement lui pèse malgré tout. Aussi, pour se prouver qu'il est toujours en vie, il s'immerge chaque jour dans l'eau gelée après avoir creusé un trou dans la glace. Puis, un beau jour, Harriet, la femme qu'il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt, fait brutalement irruption dans sa vie. Dès lors, Fredrik va devoir abandonner sa vie d'ermite et affronter son passé, son présent ainsi que son avenir.

Mon avis
Dans ce roman, qui comporte quatre parties appelées mouvements comme dans une symphonie, l'auteur aborde de nombreux thèmes plus ou moins graves tels que la maladie, le suicide, la solitude, l'amour ou encore la mort. Bien que l'écriture soit relativement agréable et fluide, ce livre ne m'a pas vraiment transporté. Je pense que cela tient essentiellement au fait que je n'ai ressenti aucune empathie que ce soit envers le protagoniste ou les personnages secondaires. L'auteur se livre malgré tout à quelques réflexions intéressantes sur la vie et la mort.

Mes citations préférées
"Il arrive un moment où on n'a plus la force de nier ce qui arrive. La mort, d'ailleurs, c'est la seule chose évidente qui existe, dans la vie. Même un fou le sent, quand c'est l'heure de partir."
"La vie est une branche fragile suspendue au-dessus d'un abîme."
"Les promesses trahies sont comme des ombres qui dansent autour de toi au crépuscule."
"Il est aussi facile de se perdre à l'intérieur de soi que sur les chemins des bois ou dans les rues des villes."
"La haine peut servir de moteur pendant un certain temps. Elle peut te donner une force un peu illusoire, mais elle reste toujours en premier lieu un parasite qui te dévore."
"La vérité est parfois très difficile à manier. Le mensonge est plus simple."

Quelques extraits
"Je descends dans mon trou noir pour sentir que je suis encore en vie. Après le bain, c'est comme si la solitude refluait un peu. Un jour, je mourrai peut-être sous le choc du froid."
"La situation était irréelle. Voilà qu'une porte s'était brusquement ouverte vers une vie que je croyais quasi finie ; la belle femme que j'avais autrefois aimée et trahie était réapparue."
"Ce lac, je l'avais promis à Harriet. Quand je reviendrais après mon année en Amérique, nous irions là-bas ensemble et nous nous baignerions la nuit dans ses eaux sombres. J'avais envisagé la chose comme une belle cérémonie. L'eau noire, le ciel clair de la nuit d'été, le cri du huard, ce lac dont on disait qu'il était sans fond. Nous nous baignerions et, après cela, rien ne pourrait plus nous séparer."
"J'ai vu ma vie. J'étais parvenu à ce point de l'existence. Il restait peut-être un ou deux carrefours en perspective, mais pas beaucoup plus. Et pas beaucoup de temps."
"C'est là, sur le ponton, que j'ai soudain compris qu'il me restait encore un voyage à accomplir. Pendant douze années, j'avais réussi à me persuader que ce n'était pas nécessaire. La rencontre avec Louise et notre longue conversation nocturne avaient tout changé. Je n'étais pas obligé de le faire, ce voyage. Je voulais le faire."
"En surgissant sur la glace avec son déambulateur, Harriet avait rompu le sortilège qui me tenait enfermé depuis si longtemps, de mon propre fait, comme dans une cage. J'avais découvert que ces douze année passées sur l'île étaient des années gâchées, ni plus ni moins : un liquide que j'aurais laissé s'écouler d'un récipient fêlé. Or il n'y avait pas de retour en arrière, on ne pouvait pas recommencer et faire les choses autrement."
"J'avais trahi parce que j'avais peur d'être trahi à mon tour. Cette peur du lien, cette peur de sentiments trop intenses pour pouvoir être contrôlés, m'avait toujours poussé à réagir d'une seule façon : l'esquive, la fuite. Pourquoi ? Je n'aurais pas su répondre à cette question. Mais je savais que je n'étais pas le seul. Je vivais dans un monde où beaucoup d'hommes passaient leur vie à avoir peur de la même façon que moi."

Ma note

mardi 25 décembre 2012

Une vie de racontars - Jorn Riel


Dans ce recueil autobiographique, Jorn Riel nous raconte les souvenirs qui ont le plus marqué sa vie sous forme de petites historiettes. Il s'agit d'un roman léger mais néanmoins profond, dont le ton se veut résolument humoristique. C'est avec beaucoup de plaisir que l'on voyage aux côtés de l'auteur qui nous conduit de la Fionie (son île natale) à Paris, en passant par la Nouvelle-Guinée et le Groenland. Le récit est en outre agrémenté de très chouettes illustrations réalisées par Hervé Tanquerelle.
Il faut savoir qu'avant d'être un écrivain, Jørn Riel a été un explorateur. Passionné par le Groenland où il a vécu pendant quinze ans, il a non seulement partagé le mode de vie de ses habitants mais aussi leur vision du monde. C'est pourquoi il a volontairement choisi de n'évoquer dans ce livre que les moments joyeux de son existence, souhaitant ainsi appliquer un précepte hérité des Inuits : « On n’évoque les expériences tristes ou désagréables que de mauvaise grâce, mais les moments joyeux de la vie se partagent sans retenue. »

Citations

"La curiosité et le désir sexuel passent souvent pour les choses exerçant le plus grand attrait sur nous autres, pauvres mortels. Dans quel ordre, cela reste discutable, mais de manière générale ils se suivent."
"L'amour, mon garçon, c'est douleur sur douleur avec un petit peu de joie pendant les pauses."

Extraits choisis

"Elle commença à me frotter énergiquement les cheveux. Je laissai faire, parce que j'étais dans un pays étranger et que je savais par mon père qu'il fallait laisser faire les autochtones comme ils voulaient, histoire de ne pas enfreindre l'un de leurs tabous"
"Yvette, dit-elle à plusieurs reprises en montrant du doigt l'un de ses seins. Je supposais qu'il s'agissait là d'un cours de langue et que le mot signifiait sein, d'autant qu'il ressemblait au mot danois yver, qui signifie mamelle. D'un doigt, je touchai le sein et répétai le mot. Puis ce furent deux doigts, puis trois, et enfin je montrai de toute ma main que j'avais compris."
"Voilà, t'as appris comment te comporter avec les chiens, et comment on capture des lièvres. Maintenant, je vais te montrer comment on dépèce sans abîmer la peau, parce que la fourrure du lièvre est parfaite pour faire des chaussettes. Et niveau apprentissage, je crois que ça ira pour aujourd'hui."
"Il avait un point de vue très naturel quant à l'aspect inéluctable de la mort. C'était, disait-il, comme lors d'un voyage, quand on rencontre un obstacle, une grande brèche ou une chaîne de glace. On continuait le voyage, surpassait l'obstacle et on allait plus loin. Le plus souvent, on ne se souvenait même pas qu'il y avait eu un obstacle."
"Les hurlements effrayants disparurent, remplacés par le bien-être, grand comme un espace à la fois familier et inconnu. Ma vie ne défila pas devant mes yeux, et je ne ressentais pas la moindre angoisse. J'eus un peu froid au début, mais ce fut de courte durée. Et bientôt, quand la chaleur commença à se répandre non seulement dans mon corps mais aussi tout au fond de mon âme, je n'eus plus aucune envie de me relever. C'était si incroyablement agréable de rester là et de mourir."
"L'avion s'éleva lentement au-dessus de l'inlandsis, là où j'avais passé la dernière année. Une année de solitude, d'angoisse et de privation, mais aussi de joie, de liberté et de sensations de bonheur qu'on ne pouvait décrire."
 
Ma note

samedi 8 décembre 2012

Le Comte de Monte-Cristo - Alexandre Dumas


L'histoire
En février 1815, Edmond Dantès, un jeune marin de dix-neuf ans, rentre à Marseille à bord du Pharaon, un navire marchand appartenant à l'armateur Morrel. Ce dernier promet à Dantès de le nommer capitaine. Dantès va ainsi pouvoir subvenir aux besoins de son vieux père et épouser Mercedès, sa jolie fiancée catalane ; il est au comble du bonheur. Mais son bonheur suscite la jalousie de Danglars (envieux de son nouveau statut de capitaine) et de Fernand Montego (amoureux de Mercedès). Les deux hommes, avec la complicité de Caderousse, vont proférer une fausse accusation à l'encontre de Dantès, qui est arrêté le jour de son repas de fiançailles. De Villefort, substitut du procureur, l'interroge et, rapidement convaincu de son innocence, s'apprête à le libérer lorsqu'il découvre que le jeune homme détient une lettre qui risque de compromettre sa carrière. Sacrifiant Dantès à son ambition, il le fait enfermer dans un cachot du château d'If. Désespéré, Dantès songe à mourir lorsqu'il parvient à entrer en communication avec un autre prisonnier : l'abbé Faria. Ce prêtre italien érudit et plein de sagesse va se prendre de sympathie pour Dantès et entreprendre son éducation intellectuelle et spirituelle. C'est également l'abbé Faria qui va l'aider à comprendre la machination dont il a été victime et lui révéler sa possession d'un fabuleux trésor, caché sur l'île de Monte-Cristo. A la mort de l'abbé Faria, Dantès prend sa place dans le sac qui contient son cadavre et qui doit être jeté à la mer. Retrouvant la liberté après quatorze ans de captivité, et devenu richissime grâce au trésor que lui a légué l'abbé Faria, Edmond Dantès qui prend le nom du Comte de Monte-Cristo, n'a qu'une seule idée en tête : se venger de tous ceux qui ont brisé sa vie.

Mon avis
Le comte de Monte-Cristo fait partie des œuvres incontournables d'Alexandre Dumas. Elle compte aussi parmi les œuvres les plus populaires de la littérature française et les plus adaptées dans le monde entier, notamment au cinéma.
Pivot de l'histoire, Dantès (alias le comte de Monte-Cristo) est un personnage qui séduit, intrigue et fascine tout à la fois. Dès les premières pages, on s'attache à ce jeune marin candide et idéaliste. Aussi, lorsqu’il se retrouve injustement emprisonné dans un cachot du château d'If, on ne peut que partager sa détresse. Et la compassion que l’on éprouve à son égard nous conduit dès lors à partager toutes ses émotions : sa joie lorsqu’il parvient à communiquer avec un autre prisonnier, sa colère lorsqu’il découvre qu’il a été victime d’un infâme complot, et même son désir de vengeance. Mais la vengeance peut-elle vraiment permettre de retrouver la paix intérieure ?
Le thème de la vengeance est donc ici à l’honneur, et il faut reconnaître que notre mystérieux comte de Monte-Cristo fait preuve d’une certaine intelligence et d’une grande habileté pour accomplir son dessein. D’autres thèmes tels que l’amitié, l’amour, le voyage, sont également abordés dans ce récit fertile en rebondissements et en coups de théâtre.
Alors, certes, ce volumineux roman comporte quelques longueurs et redondances, mais qu’importe ! Dumas excelle dans l'art de conduire une intrigue et son roman se dévore avec un immense plaisir.

 
Mes citations préférées
"A tous maux il est deux remèdes : le temps et le silence."
"Ce n'est point l'arbre qui quitte la fleur, c'est la fleur qui quitte l'arbre."
"La jeunesse est une fleur dont l'amour est le fruit. Heureux le vendangeur qui le cueille après l'avoir vu lentement mûrir."
"Il y a une porte au bagne, il n'y en a pas à la tombe."
"L'exaltation est presque l'enthousiasme, et l'enthousiasme rend sensible aux choses de la terre."
"Les blessures morales ont cela de particulier qu'elles se cachent mais ne se referment pas ; toujours douloureuses, toujours prêtes à saigner, elles restent vives et béantes dans le cœur."
"La mort est, selon le soin que nous prenons de nous mettre bien ou mal avec elle, ou une amie qui nous berce aussi doucement qu'une nourrice, ou une ennemie qui nous arrache violemment l'âme du corps."

Quelques extraits
"C'était un jeune homme de dix-huit à vingt ans, grand, svelte, avec de beaux yeux noirs et des cheveux d'ébène ; il y avait dans toute sa personne cet air calme et de résolution particulier aux hommes habitués depuis leur enfance à lutter contre le danger."
"Ni Mercédès, ni Edmond ne voyaient ce mauvais sourire de Fernand. Les pauvres enfants étaient si heureux qu'ils ne voyaient qu'eux seuls et ce beau ciel qui les bénissait."
"Cette forme étrange, cette prison autour de laquelle règne une si profonde terreur, cette forteresse qui fait vivre depuis trois cents ans Marseille de ses lugubres habitations, apparaissant tout à coup à Dantès qui ne songeait point à elle, lui fit l'effet que fait au condamné à mort l'aspect de l'échafaud."
"Les larmes qui gonflaient sa poitrine jaillirent comme deux ruisseaux ; il se précipita le front contre terre, et pria longtemps, repassant dans son esprit toute sa vie passée, et se demandant à lui-même quel crime il avait commis dans cette vie, si jeune encore, qui méritât une si cruelle punition."
"Le tigre, qui verse le sang par nature, dont c'est l'état, la destination, n'a besoin que d'une chose, c'est que son odorat l'avertisse qu'il a une proie à sa portée. Aussitôt il bondit vers cette proie, tombe dessus et la déchire. C'est son instinct, et il y obéit. Mais l'homme, au contraire, répugne au sang ; ce ne sont point les lois sociales qui répugnent au meurtre, ce sont les lois naturelles."
"Il faut le malheur pour creuser certaines mines mystérieuses cachées dans l'intelligence humaine ; il faut la pression pour faire éclater la poudre. La captivité a réuni sur un seul point toutes mes facultés flottantes çà et là ; elles se sont heurtées dans un espace étroit ; et vous le savez, du choc des nuages résulte l'électricité, de l'électricité l'éclair, de l'éclair la lumière."
"Vous êtes mon fils, Dantès ! s'écria le vieillard , vous êtes l'enfant de ma captivité, mon état me condamnait au célibat : Dieu vous a envoyé à moi pour consoler à la fois l'homme qui ne pouvait être père et le prisonnier qui ne pouvait être libre."
"Et maintenant, dit l'homme inconnu, adieu bonté, humanité, reconnaissance... Adieu à tous les sentiments qui épanouissent le cœur ! … Je me suis substitué à la Providence pour récompenser les bons... que le Dieu vengeur me cède sa place pour punir les méchants !"
"Il est donc vrai que tous nos pays dans cette vie ressemblent à la marche du reptile sur le sable et font un sillon ! Hélas ! Pour beaucoup, ce sillon est celui de leurs larmes."
"Je suis un marin, voyez-vous ; tout enfant, j'ai été bercé dans les bras du vieil Océan et sur le sein de la belle Amphitrite ; j'ai joué avec le manteau vert de l'un et la robe azurée de l'autre ; j'aime la mer comme on aime une maîtresse, et quand il y a longtemps que je ne l'ai vue, je m'ennuie d'elle."
"Il n'y a ni bonheur, ni malheur en ce monde, il y a la comparaison d'un état à un autre, voilà tout. Celui-là seul qui a éprouvé l'extrême infortune est apte à ressentir l'extrême félicité. Il faut avoir voulu mourir, Maximilien, pour savoir combien il est bon de vivre."
"Relevez-vous, dit le comte, vous avez la vie sauve : pareille fortune n'est pas arrivée à vos deux autres complices : l'un est fou, l'autre est mort !"


Ma note