mercredi 10 avril 2013

Monteleone

Cela ne m'arrive plus très souvent et c’est bien dommage, mais ce début de semaine, j'ai eu l'occasion d'aller sur Paris, dans le 14ème arrondissement, pour suivre une formation.

Le 14ème arrondissement et moi c'est une longue histoire d’amour... ! ;-) J'adore ce quartier que je connais relativement bien, d'une part pour y avoir travaillé pendant 7 ans, et d'autre part, pour l’avoir arpenté en long, en large et en travers avec mon petit copain de l’époque (devenu par la suite mon mari). Lorsque j'ai l'occasion d'y retourner, plein de souvenirs me reviennent et j'éprouve toujours une certaine nostalgie.

Mais revenons au sujet de mon article. J’ai donc profité de cette virée parisienne pour tester un restaurant italien : le "Monteleone". Les avis que j'avais consulté sur différents sites (l’internaute restaurant, la fourchette) étaient globalement très positifs et j’y suis donc allée en toute confiance.

Le Monteleone (c’est le nom d’un petit village situé en Sardaigne) est tenu par un jeune chef Sarde. Il se situe entre la porte de Vanves et la porte d’Orléans, à 2 pas de la station de tram Jean Moulin.


A mon arrivée, je suis accueillie par un serveur qui me propose de m’installer à une table située à côté d’une fenêtre donnant sur la rue. En attendant que l'on m'apporte la carte, j'en profite pour parcourir des yeux la salle. Cette dernière est décorée avec goût et se prête tout à fait à un repas en amoureux. Bon, il se trouve qu'exceptionnellement je déjeune toute seule…

Le serveur m'apporte la carte qui comporte de nombreuses spécialités : antipasti, pâtes fraîches, poissons, viandes et bien sûr desserts (les fameux dolci). Le midi, plusieurs formules sont proposées à 10,50 € (plat unique), 15 € (entrée/plat ou plat/dessert) et 17,50 € (entrée/plat/dessert). Je choisis la formule plat+ dessert à 15 €.

Deux plats au choix sont proposés : Seppie e piselli (marmite de seiches avec petits pois) ou Spaghetti al ragù bianco (spaghetti au ragoût blanc de veau). Je prends les spaghetti.


Lorsque mon plat arrive à table, je me dis que je ne vais jamais pouvoir tout manger tant c’est servi copieusement. On ne le voit pas forcément bien sur la photo mais il y a vraiment une montagne de pâtes !

La présentation est très soignée, à l’œil c’est agréable. En revanche, gustativement parlant, ce n’est certes pas mauvais mais c’est loin d’être exceptionnel. Les pâtes sont cuites al dente, pas de soucis de ce côté, mais la sauce, est très crémeuse et je la trouve donc beaucoup trop riche. Comme je le pressentais, je ne finis pas mon plat...

Pour le dessert, 2 choix là encore  : glace artisanale ou zabaglione. Je choisis le zabaglione.


 
Le zabablione c'est une mousse chaude aux œufs, parfumée au Marsala. C’est la première fois que je goûte à ce dessert et là encore, je ne suis pas vraiment séduite. La mousse chaude aux œufs bien que relativement légère n’excite pas vraiment mes papilles et surtout, on sent beaucoup trop le Marsala à mon goût. J’aime beaucoup ce vin liquoreux, qui se déguste souvent à l’apéritif, mais bon quand même…

Bilan très moyen donc pour ce restaurant. Si les plats sont dressés avec beaucoup de soin, ils manquent vraiment de légereté et de raffinement. Les portions sont donc, de facto, bien trop généreuses. Par ailleurs, le service est certes efficace mais le personnel n’est pas particulièrement chaleureux. Et même si le cadre est agréable, cela ne suffit malheureusement pas pour me convaincre.

Ma note


  

Restaurant Monteleone
68 bis, avenue Jean Moulin
75014 Paris
Tel. : 01 45 42 02 02

jeudi 4 avril 2013

Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut - Abbé Prévost



L'histoire
En 1715, à Pacy, près d'Evreux, le marquis de Renoncour, connu sous l’appellation de l'homme de qualité, fait la rencontre d’un jeune homme. Ce dernier, qui refuse de lui révéler son identité, accompagne une jeune femme faisant partie d’un convoi de filles prêtes à être déportées en Louisiane, à la Nouvelle Orléans. Touché par le désarroi du jeune homme, Renoncour intervient auprès des gardes et obtient contre six louis d'or que les deux jeunes amants puissent se parler autant qu'ils le souhaiteront jusqu'à leur arrivée au Havre.
Deux ans plus tard, Renoncour retrouve le jeune homme à Calais. Cette fois-ci, le jeune homme accepte de lui confier son histoire.
Tout commence à Amiens en 1712. Futur chevalier de l’ordre de Malte, Des Grieux, un jeune homme âgé de 17 ans termine ses études de philosophie. Il fait la connaissance de la jeune Manon Lescaut que ses parents envoient au couvent. Immédiatement séduit, le jeune homme réussit à la convaincre de s'enfuir avec lui. Le couple s'installe à Paris, dans un meublé situé rue Vivienne. Au bout de 3 semaines, les ressources financières du couple commencent à s’épuiser et Des Grieux, qui veut se réconcilier avec son père, propose à Manon de la lui présenter afin d’obtenir sa permission de l’épouser mais celle-ci refuse. Il apprend un peu plus tard par sa domestique qu’un certain M. de B. est venu rendre visite à Manon et qu’il est sorti de l’appartement de façon furtive. Des Grieux s'interroge sur la fidélité de Manon. Puis, un soir, au moment du souper, Manon fond en larmes. Peu de temps après, on frappe à la porte et Manon part s’enfermer. Des Grieux est alors emmené par les laquais de son père qui le ramènent chez lui à Amiens. Son père lui apprend qu’il a été dénoncé par M. de B. lequel a organisé son enlèvement avec l’aide de Manon. Agité par des sentiments contradictoires à l’égard de Manon, Des Grieux se réfugie dans les livres, ce qui l’aide à oublier Manon. Il reste à Amiens pendant 6 mois puis il reprend des études de théologie au séminaire de Saint-Suplice, à Paris, avec son ami Tiberge. Tout se passe pour le mieux pendant un an. Cependant, à la suite d’un exercice public de théologie auquel se prête Des Grieux, Manon vient le voir et le supplie de lui pardonner. Les résolutions catholiques sont alors vite envolées et Des Grieux fuit une fois de plus pour s'installer avec Manon à Chaillot. Commence alors une longue série d’aventures fâcheuses qui conduiront Des Grieux et Manon à leur perte.

Mon avis
L'histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut est le récit rétrospectif d’une passion amoureuse dévorante. Lorsqu’il rencontre Manon, Des Grieux éprouve un véritable coup de foudre. Et cet amour, qui naît si brutalement, lui donne force et courage, et le pousse non seulement à prendre des initiatives mais aussi à commettre des actes insensés. Bientôt, il ne vit et ne respire que pour Manon. Il est alors prêt à tout supporter pour ne pas perdre cette amante certes un peu volage, mais extraordinairement sensuelle.
Le style fluide et sobre de l’Abbé Prévost séduit dès les premières pages et l’on ne s'ennuie pas un seul instant à la lecture de cet ouvrage riche en émotions et en rebondissements. L'écriture est tellement habile qu’on se surprend à s’attendrir sur les malheurs des personnages (dont ils sont pourtant entièrement responsables) et à leur pardonner toutes leurs dérives.
Le caractère tragique de l'histoire et l'atmosphère un peu désuète du 18ème siècle en font donc un roman plein de charme et de tendresse, dont je vous recommande la lecture.

Mes citations préférées
"Les secours célestes sont à tous moments d'une force égale à celle des passions."
"La plupart des grands et des riches sont des sots : cela est clair à qui connaît un peu le monde. Or il y a là-dedans une justice admirable : s'ils joignaient l'esprit aux richesses, ils seraient trop heureux, et le reste des hommes trop misérable. Les qualités du corps et de l'âme sont accordées à ceux-ci, comme des moyens pour se tirer de la misère et de la pauvreté."
"Le commun des hommes n'est sensible qu'à cinq ou six passions, dans le cercle desquelles leur vie se passe, et où toutes leurs agitations se réduisent. Otez-leur l'amour et la haine, le plaisir et la douleur, l'espérance et la crainte, ils ne sentent plus rien."
"Le coeur n'a pas besoin de se consulter longtemps pour sentir que, de tous les plaisirs, les plus doux sont ceux de l'amour."
"Un coeur de père est un chef-d'oeuvre de la nature ; elle y règne, pour ainsi parler, avec complaisance, et elle en règle elle-même tous les ressorts."

Quelques extraits
"Elle me parut si charmante que moi, qui n'avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d'attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d'un coup jusqu'au transport."
"Mon coeur s'ouvrit à mille sentiments de plaisir dont je n'avais jamais eu l'idée. Une douce chaleur se répandit dans toutes mes veines. J'étais dans une espèce de transport, qui m'ôta pour quelque temps la liberté de la voix et qui ne s'exprimait que par mes yeux. Mademoiselle Manon Lescaut, c'est ainsi qu'elle me dit qu'on la nommait, parut fort satisfaite de cet effet de ses charmes."
"S'il est vrai que les secours célestes sont à tous moments d'une force égale à celle des passions, qu'on m'explique donc par quel funeste ascendant on se trouve emporté tout d'un coup loin de son devoir, sans se trouver capable de la moindre résistance, et sans ressentir le moindre remords."
"Rien n'est plus admirable, et ne fait plus d'honneur à la vertu, que la confiance avec laquelle on s'adresse aux personnes dont on connaît parfaitement la probité.  On sent qu'il n'y a point de risque à courir. Si elles ne sont pas toujours en état d'offrir du secours, on est sûr qu'on en obtiendra du moins de la bonté et de la compassion."
"Manon était une créature d'un caractère extraordinaire. Jamais fille n'eut moins d'attachement pour l'argent, mais elle ne pouvait être tranquille un moment, avec la crainte d'en manquer. C'était du plaisir et des passe-temps qu'il lui fallait. Elle n'eût jamais voulu toucher un sou, si l'on pouvait se divertir sans qu'il en coûte."
"J'avais perdu, à la vérité, tout ce que le reste des hommes estime ; mais j'étais maître du coeur de Manon, le seul bien que j'estimais. Vivre en Europe, vivre en Amérique, que m'importait-il en quel endroit vivre, si j'étais sûr d'y être heureux en y vivant avec ma maîtresse ? Tout l'univers n'est-il pas la patrie de deux amants fidèles ? Ne trouvent-ils pas l'un dans l'autre, père, mère, parents, amis, richesses et félicité ?"

Ma note


mardi 2 avril 2013

Voyage au bout de la nuit - Céline


L'histoire
L'histoire commence à Paris, Place de Clichy, en 1914. Ferdinand Bardamu, étudiant en médecine, discute avec un ami à une terrasse de café lorsqu'un régiment vient à passer juste devant eux. Plein d'enthousiasme, Bardamu décide de s’engager dans l'armée. Mais une fois au front, il déchante rapidement en découvrant l'horreur de la guerre. Il fait la rencontre de Robinson, un déserteur. Blessé, puis réformé, Bardamu retourne à Paris où il a une liaison avec une américaine, Lola puis avec une violoniste, Musyne. Toutes les les deux finissent par le quitter. Bardamu s’embarque alors pour l’Afrique où il se fait embaucher par une compagnie coloniale. Sur place, il retrouve Robinson qu'il remplace dans la gérance d'un petit commerce. Toutefois, Bardamu tombe gravement malade. Il est embarqué, à demi inconscient, dans une galère à destination des États-Unis. Il débarque à New York, puis rejoint Détroit où il se fait embaucher comme ouvrier chez Ford. Il fait la rencontre de Molly, une prostituée au grand cœur, dont il s'éprend et qui lui voue elle aussi un amour sincère. Mais il la quitte pour rentrer en France et terminer ses études de médecine. Son diplôme en poche, Bardamu s’établit en banlieue, à Rancy où il doit affronter la misère et la pauvreté. Robinson croise à nouveau sa route. Ce dernier, mêlé à une sordide histoire d'assassinat, se retrouve grièvement blessé aux yeux et part se faire soigner à Toulouse. Bardamu quitte Rancy à son tour pour devenir médecin à l’asile psychiatrique du Dr Baryton. Il pense ne jamais revoir Robinson. Mais ce dernier, guéri, cherche à fuir Madelon, sa fiancée et vient demander à Bardamu de l'héberger. Sur les conseils de Sophie, sa maitresse infirmière, Bardamu propose à Robinson et Madelon de sortir tous ensemble afin de les réconcilier. Mais dans le taxi qui les ramène après leur soirée passée aux Batignolles, Madelon tire trois balles sur Robinson et prend la fuite...

Mon avis
Certains romans produisent sur le lecteur un effet "coup de poing". Voyage au bout de la nuit fait partie de ceux-là. Ce récit ponctué de messages forts, empreints de cynisme mais aussi teintés d’humour et d’ironie, se lit en effet avec une certaine exaltation.
Personnage atypique et torturé, Ferdinand Bardamu, narrateur-protagoniste, entreprend une sorte de voyage initiatique rythmé par différentes étapes d’apprentissage. Le lecteur se retrouve ainsi entraîné dans l’exploration de la misère au travers différents mondes : la guerre, les colonies africaines, le milieu ouvrier américain, la banlieue parisienne. Traumatisé par son expérience de la guerre, dont il ne se remettra jamais, Bardamu possède une vision très noire du monde. A ses yeux, la vie semble dénuée de tout sens et de toute valeur.
Une autre particularité de ce roman tient à l’écriture de Céline et surtout au vocabulaire populaire, argotique et souvent grossier qu’il emploie. Voyage au bout de la nuit est un roman déroutant dont on ressort profondément ébranlé. C'est pour ça qu'il faut le lire...

Mes citations préférées
"L'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches."
"C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours."
"Quand on pas d'imagination, mourir c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop."
"La grande défaite, en tout, c'est d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu'à quel point les hommes sont vaches."
"L'âme c'est la vanité et le plaisir du corps tant qu'il est bien portant, mais c'est aussi l'envie d'en sortir du corps dès qu'il est malade ou que les choses tournent mal."
"Tout ce qui est intéressant se passe dans l'ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes."
"L'amour c'est comme l'alcool, plus on est impuissant et saoul et plus on se croit fort et malin, et sûr de ses droits."
"La poésie héroïque possède sans résistance ceux qui ne vont pas à la guerre et mieux encore ceux que la guerre est en train d'enrichir énormément."
"Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue."
"Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seuls."
"Faire confiance aux hommes c'est déjà se faire tuer un peu."
"La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi."
"On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s'en aperçoit à la manière qu'on a prise d'aimer son malheur malgré soi. C'est la nature qui est plus forte que vous, voilà tout."
"C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir."
"Les études ça vous change, ça fait l'orgueil d'un homme. Il faut bien passer par là pour entrer dans le fond de la vie."
"Autant pas se faire d'illusions, les gens n'ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c'est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous."
"La misère poursuit implacablement et minutieusement l'altruisme et les plus gentilles initiatives sont impitoyablement châtiées."
"On ne peut pas se retrouver pendant qu'on est dans la vie. Y a trop de couleurs qui vous distraient et trop de gens qui bougent autour. On ne se retrouve qu'au silence, quand il est trop tard, comme les morts."
"Tout devient plaisir dès qu'on a pour but d'être seulement bien ensemble parce qu'alors on dirait qu'on est enfin libre. On oublie sa vie, c'est-à-dire les choses du pognon."
"Avec les mots, on ne se méfie jamais suffisamment, ils ont l'air de rien les mots, pas l'air de dangers bien sûr, plutôt de petits vents, de petits sons de bouche, ni chauds, ni froids, et facilement repris dès qu'ils arrivent par l'oreille par l'énorme ennui gris mou du cerveau. On ne se méfie pas d'eux des mots et le malheur arrive."

Quelques extraits
"On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté. Comment aurais-je pu me douter moi de cette horreur en quittant la place Clichy ? Qui aurait pu prévoir, avant d'entrer vraiment dans la guerre tout ce que contenait la sale âme héroïque et fainéantes des hommes ?"
"Cette gueule d'État-major n'avait de cesse, dès le soir revenu, de nous expédier au trépas et ça le prenait souvent dès le coucher du soleil. On luttait un peu avec lui à coups d'inertie, on s'obstinait à ne pas le comprendre, on s'accrochait au cantonnement pépère tant bien que mal, tant qu'on pouvait, mais enfin quand on ne voyait plus les arbres, à la fin, il fallait consentir tout de même à s'en aller mourir un peu : le dîner du général était prêt."
"Il ne me restait qu'un tout petit peu d'espoir, celui d'être fait prisonnier. Il était mince cet espoir, un fil. Un fil dans la nuit, car les circonstances ne se prêtaient pas du tout aux politesses préliminaires. Un coup de fusil vous arrive plus vite qu'un coup de chapeau dans ces moments-là."
"Le coeur de Lola était tendre, faible et enthousiaste. Le corps était gentil, très aimable, et il fallut bien que je la prisse dans son ensemble comme elle était. C'était une gentille fille après tout Lola, seulement, il y avait la guerre entre nous, cette foutue énorme rage qui poussait la moitié des humains, aimants ou non, à envoyer l'autre moitié vers l'abattoir."
"On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coups de maladresses. Il était évident qu'elle allait m'abandonner mon aimée tout à fait et bientôt. Je n'avais pas encore appris qu'il existe deux humanités très différentes, celles des riches et celles des pauvres. Il m'a fallu, comme à tant d'autres, vingt années et la guerre pour apprendre à me tenir dans ma catégorie, à demander le prix des choses et des êtres avant d'y toucher, et surtout avant d'y tenir."
"Les crépuscules dans cet enfer africain se révélaient fameux. On n'y coupait pas. Tragiques chaque fois comme d'énormes assassinats du soleil. Un immense chiqué. Seulement, c'était beaucoup d'admiration pour un seul homme.  Le ciel pendant une heure paradait tout giclé d'un bout à l'autre d'écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu'aux premières étoiles."
"Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New-York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur."
"En somme, tant qu'on est à la guerre, on dit que ce sera mieux dans la paix et puis on bouffe cet espoir-là comme si c'était du bonbon et puis c'est rien quand même que de la merde. On n'ose pas le dire d'abord pour dégoûter personne. On est gentil somme toute. Et puis un beau jour on finit quand même par casser le morceau devant tout le monde. On en a marre de se retourner dans la mouscaille. Mais tout le monde trouve du coup qu'on est bien mal élevé. Et c'est tout."
"J'étais comme arrivé au moment, à l'âge peut-être, où on sait bien ce qu'on perd à chaque heure qui passe. Mais on n'a pas encore acquis la force de sagesse qu'il faudrait pour s'arrêter pile sur la route du temps, et puis d'abord si on s'arrêtait on ne saurait quoi faire non plus sans cette folie d'avancer qui vous possède et qu'on admire depuis toute sa jeunesse. Déjà on est moins fier d'elle de sa jeunesse, on ose pas encore l'avouer en public que ce n'est peut-être que cela sa jeunesse, de l'entrain à vieillir."
"Elle a tout pris la nuit et les regards eux-mêmes. On est vidé par elle. Faut se tenir quand même par la main, on tomberait. Les gens du jour ne vous comprennent plus. On est séparé d'eux par toute la peur et on en reste écrasé jusqu'au moment où ça finit d'une façon ou d'une autre et alors on peut enfin les rejoindre ces salauds de tout un monde dans la mort ou dans la vie."
"En fait de passé, c'est surtout de Molly, moi, que je me souvenais bien, quand j'étais bon sentiment, comme de l'écho d'une heure sonnée lointaine et quand je pensais à quelque chose de gentil, tout de suite, je pensais à elle."

Ma note
 


jeudi 21 mars 2013

Anatolia


Je n'ai pas encore crée de rubrique "Cuisine du Monde" sur ce blog, voici donc une première adresse qui va figurer dans cette catégorie. Et pour l'inaugurer, je vous propose de découvrir le restaurant Anatolia qui propose des spécialités turques. Il se trouve à Nantes, sur l'île Beaulieu, tout près de la place de la République.


A l'intérieur, bonne surprise, la salle du restaurant, au décor sobre et au design très épuré, est particulièrement chaleureuse.


A peine installés à notre table, le patron nous apporte en guise de mise en bouche un petit assortiment de purées : aux légumes épicés, à l'aubergine ainsi qu'au yaourt et à l'ail. La purée aux légumes épicés arrache un peu mais elle est très bonne mais j'adhère un peu moins aux deux autres. Le pain servi avec cette mise en bouche est fait maison, il est légèrement croustillant et tout chaud. Miam !


A la carte plusieurs plats sont proposés. Il y a aussi une formule déjeuner comprenant entrée/plat ou plat/dessert à 12,50 €  ou encore entrée/plat/dessert à 15 €. Nous optons pour la formule à 15 €.

Le voyage culinaire peut commencer...

En entrée, je choisis le Günlük Çorb. C'est un potage maison préparé avec des lentilles rouges, des poivrons rouges et verts et des pommes de terre. Le potage est délicatement parfumé, il est très onctueux. Franchement, c'est à tomber !


Eric choisit de goûter aux Sigara Boreigi, sortes de petits beignets au fromage en forme de cigares, servis avec une petite sauce au yaourt. C'est très bon également.


En plat de résistance, Eric prend un Iskender Kebab. Ce plat est constitué de fines lamelles de viandes de veau grillées, posées sur un lit de pain et nappées de sauce tomate. Il est accompagné de yogourt turc. La viande, découpée à la façon "kebab" fond littéralement dans la bouche. Le pain est à la fois croustillant et moëlleux. C'est délicieux là encore. En revanche, on aurait apprécié une petite salade verte en accompagnement qui aurait permis d'alléger un peu ce plat riche et copieux.


J'opte quant à moi pour un Izmir Köfte, c'est-à-dire des boulettes de viande hachée, façonnées comme des petits boudins et accompagnées de boulgour ainsi que d'une petite salade verte. C'est un très bon plat également, peut-être un moins gourmand que le plat précédent, mais un peu plus léger aussi.


Enfin, en dessert, on choisit tous les deux des baklavas, ces fameux petits feuilletés fourrés de pâte d'amande et de pistache. Le feuilletage est très réussi, la garniture est légère. Cette petite douceur se déguste les yeux fermés ;-)


Le patron propose de nous offrir du thé pour clore ce délicieux repas, ce que nous acceptons bien volontiers.


Le restaurant Anatolia propose une cuisine riche et de qualité. Les produits sont frais, les plats sont épicés sans excès et les portions sont généreuses. Par ailleurs, l'accueil et le service en salle sont particulièrement attentionnés.

Enfin, pour ceux qui le souhaitent, l'Anatolia propose aussi tous ses plats en vente à emporter.


Ma note



Restaurant Anatolia
14, Rue Louis Blanc
44200 NANTES
Tel. : 09 80 71 53 72
http://www.restaurant-anatolia.com/

vendredi 15 mars 2013

Crêperie du Théâtre

<Crêperie du Théâtre>
La crêperie du Théâtre est située dans le quartier Graslin de Nantes. Ce quartier est en pleine rénovation. Les travaux, qui ont débuté en octobre 2012, devraient se terminer en septembre 2013. L’objectif de cette rénovation est d'embellir cette place emblématique en offrant un large espace aux piétons.

Mais revenons à notre crêperie... Comme vous pouvez le voir, il s'agit d'une adresse plutôt discrète située dans une rue où certes il y a du passage puisqu'elle permet de rejoindre le centre-ville, mais le piéton de Nantes ne s'y arrête pas forcément pour y faire une pause déjeuner, lui préférant les quartiers plus animés comme Feydau, Bouffay, 50 otages, etc.


J'avais repéré cette crêperie depuis un moment mais il est vrai que d'extérieur elle ne m'inspirait pas plus que ça. Toutefois, aujourd'hui, nous avons décidé de tester cette nouvelle adresse avec Morgane. C'est que les bretonnes d'adoption que nous sommes adorent manger des galettes et des crêpes ;-) 

A notre arrivée, nous sommes accueillies par la patronne qui après nous avoir indiqué à quelle table nous pouvions nous installer, nous apporte la carte. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'entre les galettes, les crêpes et les salades composées, il y a du choix ! On trouve même un petit "menu du théâtre" à 10,80 € comprenant une galette, une crêpe et un verre de cidre.

Morgane choisit une Rocamadour au chèvre "Cabecou du Quercy" et au miel et accompagnée d'une petite salade. L'association fromage de chèvre et miel, que nous découvrons pour la première fois, se révèle être une bonne surprise. Pour ceux qui aiment le sucré/salé, c'est à essayer absolument !


J'opte quant à moi pour une Norvégienne au saumon fumé. Elle est servie avec une pointe de crème fraîche, une rondelle de citron et une petite noisette de beurre. Le beurre n'est pas indispensable mais il y en a vraiment peu, donc ce n'est pas gênant non plus. La pâte est fine et la garniture est délicieuse. Je me régale. Pour accompagner ma galette, je commande un verre de cidre fermier brut. Il est excellent. Heureusement car il est servi très généreusement.


En dessert, Morgane choisit une crêpe plus classique au chocolat et à la noix de coco. Là encore, la crêpe est vraiment très bonne. La garniture est généreuse sans être excessive. 


Je voulais absolument goûter à la spécialité de la maison, la Graslin, une crêpe garnie de fraises, de glace à la mangue, de coulis de framboise et de chantilly. Malheureusement, cette crêpe n'est proposée qu'en saison... Ce sera donc pour une prochaine fois ! 

Je me suis donc rabattue sur la Tatin garnie de pommes dorées et de caramel. Les pommes sont fondantes et moelleuses à souhait ; la crêpe est très savoureuse.


Vous l'aurez compris, j'ai vraiment beaucoup aimé cette crêperie qui propose une belle variété de galettes et de crêpes préparées à partir de produits frais et de saison. Le service est efficace et souriant. Et les prix relativement modérés.

Ma note

 

Crêperie du Théâtre
6 rue Racine 
44000 Nantes
Tel. : 02 40 73 82 98

samedi 9 mars 2013

Notre-Dame de Paris - Victor Hugo

<Notre-Dame de Paris - Victor Hugo>

L'histoire
Nous sommes à Paris en 1482. C'est la fin du règne de Louis XI. Une représentation du Mystère, pièce écrite par le poète Gringoire, a lieu dans la salle du Palais de Justice. Pendant ce temps, Esmeralda, une jeune et belle bohémienne danse sur le parvis de Notre-Dame . Elle est accompagnée d'une petite chèvre nommée Djali à laquelle elle fait exécuter des tours. L'archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo,  bouleversé par la beauté de la jeune fille demande à Quasimodo, le sonneur de cloches, de l'enlever. Esmeralda réussit néanmoins à lui échapper grâce à l'intervention du capitaine de la garde, Phoebus de Châteaupers. La jeune gitane tombe alors éperdument amoureuse de Phoebus. Mais ce dernier, sans être insensible au charme d'Esmeralada, ne voit en elle qu'une conquête de plus à son tableau de chasse.
Accusée injustement de meurtre et de sorcellerie, Esmeralda est condamnée à la potence. Elle est alors enlevée une seconde fois par Quasimodo qui est, lui aussi, amoureux d'elle. Il la conduit dans l'église Notre-Dame au sein de laquelle le droit d'asile la met provisoirement à l'abri. Cependant, les truands, compagnons d'Esmeralda attaquent Notre-Dame pour libérer la jeune fille. Quasimodo, qui se méprend sur leurs intentions, fait tout pour les repousser. Frollo profite alors de l'agitation pour enlever Esmeralda. Il tente de la séduire mais la jeune fille repousse ses avances. Frollo décide alors de la livrer. Cette fois-ci Esmeralda ne peut plus échapper à son destin. Quasimodo, qui assiste, tout comme Frollo, à la pendaison de la bohémienne décide alors de la venger....

Mon avis
L'histoire de Notre-Dame de Paris, tout la monde la connaît, ou plutôt croit la connaître... En effet, beaucoup ne la connaissent que par l'entremise du cinéma. Et, c'est bien dommage car si le cinéma a fortement contribué à la popularité de cette oeuvre, il ne peut en aucun cas se substituer à la lecture du roman de Victor Hugo.
Le style Hugolien est caractérisé par de longs développements, et il est vrai que certains chapitres comme "Paris à vol d'oiseau" ou encore "Le retrait où dit ses heures Monsieur Louis de France" sont un peu pénibles à lire. Par ailleurs, la profusion de citations latines casse un peu la fluidité de la lecture. Mais ces digressions sont vite oubliées car la puissance de la langue et la qualité de la narration sont telles, qu'on ne peut qu'être impressionné par une telle maîtrise. Notre-Dame de Paris est à la fois un roman historique, un roman d'aventures mais aussi un roman noir qui met en scène des personnages passionnés, sensibles et particulièrement attachants. C'est beau et envoûtant. Un grand moment de lecture.

Mes citations préférées
L'amitié c'est être frère et soeur, deux âmes qui se touchent sans se confondre, les deux doigts de la main."
"L'amour c'est être deux et n'être qu'un. Un homme et une femme qui se fondent en un ange."
"Les mères aiment souvent le mieux l’enfant qui les a fait le plus souffrir."
"La science sonne creux quand on y vient heurter avec désespoir une tête pleine de passion."
"La potence est une balance qui a un homme à un bout et toute la terre à l’autre."
"L'excès de la douleur, comme l'excès de la joie, est une chose violente qui dure peu. Le coeur de l'homme ne peut rester longtemps dans une extrémité."
"L'amour est comme un arbre : il pousse de lui-même, jette profondément ses racines dans tout notre être, et continue souvent de verdoyer sur un coeur en ruines. Et ce qu'il y a d'inexplicable, c'est que plus cette passion est aveugle, plus elle est tenace."
"Le coeur humain ne peut contenir qu'une certaine quantité de désespoir. Quand l'éponge est imbibée, la mer peut passer dessus sans y faire entrer une larme de plus."

Quelques extraits
"Sans doute, c'est encore aujourd'hui un majestueux et sublime édifice que l'église de Notre-Dame de Paris. Mais si belle qu'elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s'indigner devant les dégradations, les mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne, qui en avait posé la première pierre, pour Philippe Auguste, qui en avait posé la dernière."
"Le Paris actuel n'a donc aucune physionomie générale. C'est une collection d'échantillons de plusieurs siècles, et les plus beaux ont disparu. La capitale ne s'accroît qu'en maisons et quelles maisons ! Du train dont va Paris, il se renouvellera tous les cinquante ans. Aussi, la signification historique de son architecture, s'efface-t-elle tous les jours. Les monuments y deviennent de plus en plus rares, et il semble qu'on les voie s'engloutir peu à peu, noyés dans les maisons. Nos pères avaient un Paris de pierre, nos fils auront un Paris de plâtre."
"Il y avait seize ans, à l'époque où se passe cette histoire, que par un beau matin de dimanche de la Quasimodo une créature vivante avait été déposée, après la messe, dans l'église de Notre-Dame, sur le bois de lit scellé dans le parvis."
"Voilà donc, se disait-il en la suivant vaguement des yeux, ce que c'est que la Esmeralda ! une céleste créature ! une danseuse des rues ! tant et si peu ! C'est elle qui a donné le coup de grâce à mon mystère ce matin, c'est elle qui me sauve la vie ce soir. Mon mauvais génie ! mon bon ange !"
"La présence de cet être extraordinaire faisait circuler dans toute la cathédrale je ne sais quel souffle de vie. Il semblait qu’il s’échappât de lui, du moins au dire des superstitions grossissantes de la foule, une émanation mystérieuse qui animait toutes les pierres de Notre-Dame et faisait palpiter les profondes entailles de la vieille église."
"- Va, disait-il, va Gabrielle, verse tout ton bruit dans la place, c’est aujourd’hui fête. - Thibauld, pas de paresse, tu te ralentis ; va, va donc, est-ce que tu t’es rouillé, fainéant ? - C’est bien ! vite vite ! qu’on ne voie pas le battant. Rends-les tous sourds comme moi. - C’est cela Thibauld, bravement ! - Guillaume ! Guillaume ! tu es le plus gros, et Pasquier est le plus petit, et Pasquier va le mieux. Gageons que ceux qui entendent l’entendent mieux que toi. - Bien ! bien ! ma Gabrielle, fort ! Plus fort ! - Hé ! que faites-vous donc là-haut tous deux, les Moineaux ? je ne vous vois pas faire le plus petit bruit. - Qu’est-ce que c’est que ces becs de cuivre-là qui ont l’air de bâiller quand il faut chanter ? Ça, qu’on travaille ! c’est l’Annonciation. Il y a un beau soleil, il faut un beau carillon. - Pauvre Guillaume ! te voilà tout essouflé, mon gros ?"
"Oh ! que nous pourrions être heureux ! Nous fuirions, - je te ferais fuir, - nous irions quelque part, nous chercherions l’endroit sur la terre où il y a le plus de soleil, le plus d’arbres, le plus de ciel bleu. Nous nous aimerions, nous verserions nos deux âmes, l’une dans l’autre, et nous aurions une soif inextinguible de nous-mêmes que nous étancherions en commun et sans cesse à cette coupe d’intarissable amour !"
"C'est un magnifique et charmant spectacle que Paris, et le Paris d'alors surtout, vu du haut des tours de Notre-Dame aux fraîches lueurs d'une aube d'été. On pouvait être, ce jour-là, en juillet. Le ciel était parfaitement serein. Quelques étoiles attardées s'y éteignaient sur divers points, et il y en avait une très brillante au levant dans le plus clair du ciel. Le soleil était au moment de paraître. Paris commençait à remuer."
"Moi, je vous aime. Oh ! Cela est pourtant bien vrai. Il ne sort donc plus rien au-dehors de ce feu qui me brûle le coeur ! Hélas ! Jeune fille, nuit et jour ; oui, nuit et jour, cela ne mérite-t-il aucune pitié ? C'est un amour de la nuit et du jour, vous dis-je ; c'est une torture. - Oh ! Je souffre trop ma pauvre enfant ! - C'est une chose digne de compassion, je vous assure. Vous voyez que je vous parle doucement. Je voudrais bien que vous n'ayez plus horreur de moi. - Enfin, un homme qui aime une femme, ce n'est pas de sa faute !"


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