samedi 18 mai 2013

Le prince des Marées - Pat Conroy


L'histoire
Sur l'île de Melrose, Tom, Savannah et Luke Wingo ont grandi entre un grand-père qui se prenait pour le Christ, une grand-mère féministe, un père patron de pêche, violent et imprévisible, et une mère mythomane dévorée d'ambition. Bien des années plus tard, la belle psychiatre Susan Lowenstein demande à Tom de l'aider à sauver Savannah d'une folie suicidaire. Par amour pour sa jumelle, il va accepter de se rendre à New York pour dire les blessures d'une enfance dure et chaotique, mais illuminée par la merveilleuse complicité qui unissait frères et soeur. Tout en distillant cette histoire exceptionnelle pleine de tendresse, d'humour et de violence, Tom va faire resurgir le souvenir d'un drame inavouable qui a brisé à jamais les liens du sang...

Mon avis
Le Prince des marées plonge le lecteur au coeur de la Caroline du sud, où il fait connaissance avec les Wingo, une famille de blancs sudistes durement éprouvée par le destin.
C'est pour venir en aide à Savannah, sa soeur jumelle qui vient de faire une nouvelle tentative de suicide, que Tom accepte de se rendre à New York afin de rencontrer sa psychiatre. Le Dr Lowenstein a en effet besoin de comprendre ce qui s'est passé durant l'enfance de sa patiente qui pourrait expliquer sa folie suicidaire. Porteur d'un lourd secret de famille, Tom va alors briser le pacte de silence et raconter leur enfance. Une enfance que Savannah, Tom et Luke, le frère aîné, ont passé sur l'île de Melrose, dans un cadre enchanteur, aux côtés d'un père violent et d'une mère dévorée d'ambition.
Dès les premières lignes, l'auteur parvient à éveiller notre curiosité. Le récit, qui alterne souvenirs du passé et moments présents, est bien rythmé. Les dialogues entre Tom et le Dr Lowenstein sont drôles et percutants. L'écriture de Pat Conroy est fluide et pleine de charme. On se laisse bercer par sa prose poétique lorsqu'il évoque les somptueux paysages de la Caroline du sud. Mêlant burlesque et tragédie, les anecdotes qui se succèdent amusent, étonnent ou attendrissent, mais deviennent ennuyeuses lorsqu'elles s'éloignent trop de l'intrigue.
Un roman, qui au final, est plutôt agréable à lire malgré quelques longueurs. Je n'ai cependant pas ressenti suffisamment d'empathie envers les personnages pour me laisser véritablement émouvoir par leur histoire.

Mes citations préférées
"A l'enfance, il n'est pas de verdict, seulement des conséquences et le fret brillant de la mémoire.."
"L'excès de beauté est une chose qui peut exister chez la femme, et il constitue souvent un handicap aussi lourd que la laideur, et beaucoup plus dangereux. Il faut beaucoup de chance pour survivre au don d'une beauté parfaite dont le caractère éphémère est la trahison la plus sournoise."
"Une véritable chaîne de montagnes fait rempart entre les sexes, sans qu'existe aucune race de sherpas exotiques pour traduire les énigmes de ces pentes mortelles qui nous séparent."
"Personne n'a le monopole de la souffrance humaine. Les gens souffrent de façon différente et pour des motifs différents."
"Quand un enfant subit la réprobation de ses parents, surtout si les parents jouent de cette réprobation, il n'y aura jamais pour lui d'aube nouvelle lui permettant de se convaincre de sa propre valeur. Une enfance saccagée ne se répare pas."
"La douleur n'est admirable que vécue en silence."
"La nature a horreur du vide mais elle abomine encore davantage le bonheur parfait."
"La mort est une chose naturelle et viendra tous nous chercher un jour, avec sa faux et sa robe blanche, pour nous conduire devant le tribunal du Jugement dernier. Ce que nous avons de mieux à faire est de nous tenir prêts pour quand viendra le jour."
"Le viol est un crime contre le sommeil et la mémoire ; l'image qui en reste s'imprime en négatif irréversible dans la chambre noire de nos rêves."
"La violence s'enracine profondément dans les coeurs ; elle ignore les saisons ; elle est toujours à maturité, toujours prête."

Quelques extraits
"Savannah a su qu'elle voulait être New-Yorkaise bien avant de savoir qu'elle voulait écrire de la poésie. Elle était de ces Sudistes conscients, à un âge très précoce, que le Sud pour eux ne serait jamais davantage qu'une prison au doux parfum, gérée par un collectif familial, affectueux mais perfide."
"Une fois qu'on attrape le virus de New York, alors plus rien ne soutient la comparaison. Sentez un peu l'énergie de cette ville. Vous n'avez qu'à fermer les yeux et vous laisser prendre par elle."
"La catatonie m'est toujours apparue comme la version sublime de la psychose. Le voeu de silence procède d'une certaine intégrité et le renoncement au mouvement a quelque chose de sacré. C'est la forme la plus paisible du drame humain de l'âme brisée, une répétition solennelle et en costume de la mort."
"Mes grands-parents étaient comme deux enfants mal assortis et leur maison recelait pour moi le double parfum du sanctuaire et du jardin d'enfants. […] Je sentais qu'il y avait de l'amour entre ces deux êtres, mais il s'agissait d'un amour sans flamme ni passion. J'étais en quelque sorte devenu le dépositaire du souvenir dans une famille où la mémoire vivait en concubinage fatal avec la souffrance."
"Toutes ces tendances échurent en partage à Savannah, Luke et moi, sous forme d'une mosaïque de gènes mortelle et variée. Dans une explosions de pure amertume, ma mère devait un jour résumer cela en s'écriant : Luke le fanatique, Tom le raté, Savannah la cinglée."
"Ma vie ne commença réellement qu'à dater du jour où je trouvai en moi la force de pardonner à mon père d'avoir fait de mon enfance une longue marche de la terreur. Passer l'éponge sur un simple larcin est chose aisée, tant que l'objet du délit n'est pas votre enfance."
"L'odeur violente de crevettes et de poisson frais, tandis que nous marchions vers le bateau, me donnait l'impression d'être sous l'eau et de respirer les marées salées et immaculées par tous les pores de ma peau. Enfants de pêcheur, nous n'étions finalement qu'une forme de plus de la vie marine des basses terres."
"Lorsque vous grandissez sous le toit d'un homme qui vous aime et vous maltraite à la fois, sans saisir ce que son comportement a de paradoxal, vous devenez, par réflexe d'autodéfense, l'observateur assidu de ses habitudes, le météorologue de ses humeurs. Je fis le tour des défauts les plus évidents de mon père et compris très jeune qu'il relevait en même temps de l'opéra bouffe et de l'instrument contendant."
"Je tournai la tête et vis Luke rire d'une remarque faite par Savannah, et je sentis le frôlement des longs cheveux de ma soeur contre ma joue, leur doux parfum, et je fus empli d'un amour parfait, ineffable pour mon frère et ma soeur, un amour d'une telle rigueur et d'une telle densité que j'en percevais la saveur sur ma langue, que j'en sentais la glorieuse chaleur me brûler au profond de la poitrine."
"Ensemble, au cours de ce long été, nous répétâmes, tendrement enlacés, le plus doux chapitre de l'histoire du monde. Doucement, nous arrachâmes un à un les secrets et les mystères timidement retenus par nos corps. Nous faisions l'amour comme nous aurions composé un long poème, écrit avec des flammes."
"Ah ! La beauté de Colleton dans son dernier printemps, offrant ses azalées comme une fillette lance le riz sur une noce désespérée ! Avec une générosité suffocante, Colleton mûrissait dans un écrin de jardins fleuris et la ville enfouissait sa souffrance sous un voile de suaves fragrances. Les hérons bleus se dressaient dans l'herbe des marécages, lestes dans leur immobilité éthérée. Une famille de loutres s'égaillait parmi les moutons d'écume, dans l'épave près du pont, et tous les arbres morts, le long du fleuve, grouillaient de timides colonies d'aigrettes. Les orfraies montaient des truites encore frémissantes aux oisillons qui les attendaient dans leurs nids en forme de chapeau, perchés sur les poteaux des téléphones. Dans les bras de mer, dansaient les marsouins. Et les crevettes se dirigaient vers les estuaires, pour la saison du frai."

Ma note

 

dimanche 12 mai 2013

Inde et vous

Le restaurant Inde et Vous est situé dans le centre-ville de Nantes, à deux pas de l'Erdre, du marché de Talensac et du quartier Decré. Comme son nom l'indique, ce restaurant est spécialisé dans la cuisine indienne.
 
 
Nous y étions déjà allés il y a un peu plus d'un an, et en avions gardé un bon souvenir. Lorsqu'il fait beau, on peut manger à l'extérieur et profiter de la terrasse ombragée mais il ne fait ni beau, ni vraiment chaud en ce début de mois de mai, alors tant pis, ce sera pour une prochaine fois...
 
Sans être petite, la salle du restaurant est malgré tout un peu exigüe, et les tables sont un peu proches les unes des autres. La décoration intérieure est simple et discrète.
 
 
Le serveur nous apporte la carte. La présentation de cette dernière n'est pas très soignée. Ce n'est pas forcément très grave, mais un effort pourrait néanmoins être réalisé de ce côté. En plus du choix à la carte, deux menus sont proposés : l'un à 16,90 € et l'autre à 19,90 €. Chacun d'entre eux comporte entrée, plat et dessert.
 
On commence par un apéritif. Eric prend un kir à la mûre, je choisis quant à moi le cockail Inde et Vous (vodka rouge, coulis de pêche, jus de mangue, citron et limonade) que je trouve tout à fait à mon goût. Laureen prend un jus d'ananas et Morgane un Bollywood, cocktail sans alcool préparé avec du jus d'orange, du jus de pêche, du sirop spicy et de la canelle. Morgane n'apprécie pas plus que ça son Bollywood qu'elle juge est un peu trop relevé et c'est son père qui doit le finir... !
 
Avec l'apéritif, nous avons droit à des sortes de galettes très fines au cumin, que l'on peut déguster avec un assortiment de petites sauces. La sauce rouge orangé au premier plan est très épicée (elle arrache vraiment), la sauce verte est douce et la sauce brune est sucrée.
 
 
En entrée, on choisit de goûter à deux spécialités et de les partager. On prend donc une salade indienne aux gambas et deux assiettes de samoussas.
 
Je suis un peu surprise par la salade indienne aux gambas. Les gambas préalablement marinées sont frites et présentées sur un lit de salade. Franchement, ce n'est pas mauvais mais j'avoue que je suis quand même un peu déçue car je m'attendais à quelque chose de plus frais et de plus léger.
 
 
Les samoussas, sortes de petits chaussons farcis aux légumes, sont servis par deux avec une salade verte. Frais et croustillants, ils sont vraiment très bons.
 
 
C'est dommage d'aller au restaurant indien et de ne pas goûter au Naan. Chez Inde et Vous, il est proposé nature, à l'ail ou au fromage. On le choisit au fromage. Il arrive sur notre table tout doré et gonflé comme un petit ballon ;-) Et il est bien bon. 
 
 
Pour le plat de résistance, pas de partage ! Chacun choisit de goûter à la spécialité qui le tente le plus. Avec les filles, on choisit le poulet Tikka Massala et Eric se laisser tenter par le poulet Korma. Les plats sont servis dans des petites cocottes.
 
Le poulet Tikka Massala est une spécialité de la région du Rajasthan ou du Punjab, au nord de l'Inde. Grillé, il est nappé d'une sauce de tomates fraîches au beurre. Le plat est très légèrement épicé et délicatement parfumé. C'est un régal.
 
 
Le poulet Korma, quant à lui, est cuit dans une sauce à base de crème fraîche, qui est mélangée avec différentes épices. Très différent du poulet Tikka, il est également très bon.
 
 
 Cuit à la perfection, le riz au safran qui nous est servi en accompagnement est exquis.
 
 
Pour finir notre repas, nous choisissons là encore de goûter à deux desserts : le tiramisu à la mangue et le Gulab jamun.
 
Inspiré du célèbre dessert italien, le tiramisu à la mangue proposé par Inde et Vous est une génoise fondante recouverte d'une mousse à la mangue. C'est léger et original. Une bonne surprise.
 
 
Le Gulab jamun est quant à lui une vraie spécialité indienne. Ce sont en fait des boules de pâte préparées à base de fromage indien et de farine, et servies dans un sirop de sucre. Une boule de glace à la mangue est servie en accompagnement. Je n'avais encore jamais goûté à cet incontournable dessert indien, et je dois dire que j'ai un vrai coup de coeur. C'est absolument exquis !
 
 
Inde et Vous est une bonne adresse qui mérite franchement le détour. Un petit bémol malgré tout sur le service souriant mais un peu trop rapide à mon goût. Pour une soirée en famille ça va, les enfants, et même les ados n'aiment pas trop s'attarder à table, mais pour une soirée en amoureux, c'est pas génial.
 
Ma note

 
Inde et Vous
3 allée de l'Erdre
44000 Nantes
Tel. : 02 40 48 73 91
 

mercredi 1 mai 2013

Jane Eyre - Charlotte Brontë



L'histoire
À la mort prématurée de ses parents, Jane est recueillie par son oncle, Mr. Reed. Le jour de sa mort, Mr Reed fait promettre à son épouse d’élever Jane comme l'un de ses propres enfants. Mais Mrs Reed ne tient pas sa promesse et Jane est très malheureuse chez sa tante. Son cousin se montre méchant et violent tandis que ses cousines et sa tante lui font sentir sa différence sociale. Jane finit par se révolter et alors qu'elle n'a que dix ans, Mrs. Reed l’envoie dans un internat situé à Lowood.
A son arrivée à l'internat, Jane noue une relation très forte avec Helen Burns, l'une des pensionnaires. Mais cette dernière décède de la tuberculose quelques mois plus tard. Les conditions de vie sont en effet tout à fait déplorables à l'internat. Il faudra une épidémie de typhus pour qu'un changement s'opère dans cet internat qui devient alors un établissement de qualité. Jane y restera pendant huit ans : six ans en tant qu'élève et deux ans en tant institutrice. Après le départ de Miss Temple, la directrice du pensionnat, Jane décide de prendre sa vie en main et passe une annonce dans un journal pour trouver un poste de préceptrice. Elle est engagée au château de Thornfield, où elle est chargée de l'éducation de la petite Adèle.
Quelque temps après son arrivée, elle rencontre par hasard le maître du domaine. Très vite, elle s’éprend de cet homme un peu fantasque et énigmatique mais également tendre et sensible. Malgré leur différence à la fois sociale et d'âge, Jane accepte de l'épouser. Cependant, le jour de la cérémonie, alors qu'elle s’apprête à devenir son épouse, Jane découvre le terrible secret du maître des lieux. Totalement anéantie par cette révélation, Jane décide de s'enfuir.
Après plusieurs jours d’errance, elle est recueillie par la famille Rivers, à qui elle cache sa véritable identité. Elle reste plusieurs jours dans la maison familiale et se lie d'amitié avec Mary et Diana. Le fils aîné, St John, pasteur de son état, lui trouve un poste d'institutrice dans l’école du village voisin. St John, qui finit par découvrir le véritable nom de Jane, lui apprend que son oncle, qu'elle n'a pas connu, est mort en lui laissant un riche héritage. Elle découvre également à cette occasion que les Rivers sont ses cousins, ce qui la transporte de joie. Son cousin St John, qui veut devenir missionnaire lui demande alors de l'accompagner en Inde et de devenir sa femme, non pas parce qu'il est amoureux d'elle, mais parce qu'il la trouve courageuse et intelligente. St John exerce une forte influence sur elle, aussi Jane accepte-t-elle de l'accompagner mais elle se refuse néanmoins à devenir sa femme, n'éprouvant pour lui que des sentiments fraternels. C'est alors que se produit un phénomène étrange. Une nuit, Jane entend une mystérieuse voix, celle de celui dont elle est toujours éprise. À l’aube, sa décision est prise : elle doit retrouver Mr. Rochester. Mais lorsqu'elle arrive à Thornfield, une nouvelle surprise l'attend...

Mon avis
Quel plaisir de lire, et même de relire, ce grand classique de la littérature anglaise qu'est Jane Eyre. Le principal attrait de ce roman tient au personnage principal, dont la physionomie et les traits de caractère sont proches de ceux de l'auteur, ce qui le rend particulièrement attachant. D'apparence fragile, cette héroïne dépourvue de beauté, sans famille ni fortune, se révèle animée d'une étonnante force intérieure. On la pense timide et pourtant elle ne manque pas d'audace. On la croît soumise alors qu'elle est farouchement attachée à son indépendance. Les autres personnages ne sont pas moins attachants : passionnés, ambitieux et pour certains énigmatiques, ils occupent tous une place essentielle dans l'histoire.
Et si ce roman captive autant, c'est aussi et surtout grâce au talent d'écrivain de Charlotte Brontë. Dès les premières pages, le lecteur est sous le charme. Non seulement Charlotte Brontë sait éveiller notre curiosité mais elle réussit à nous tenir en haleine, ne dévoilant l'intrigue qu'à des moments soigneusement choisis. Bien sûr, ce roman n'est pas sans défauts, et l'on peut notamment lui reprocher certaines longueurs ainsi que de futiles appels au lecteur, mais rien de tout cela ne vient entraver le plaisir intense que nous procure sa lecture.
Jane Eyre est sans doute l'une des plus belles histoires d'amour et l'une des oeuvres les plus marquantes de la littérature du 19ème siècle.

Mes citations préférées
"Les enfants ressentent les choses, mais ne peuvent analyser leurs sensations ; si même l'analyse s'effectue partiellement dans leur esprit, ils ne savent pas comment exprimer en paroles le résultat de cette opération."
"C'est faiblesse et sottise de dire que l'on ne peut supporter ce que le destin nous impose."
"Ce n'est pas la violence qui triomphe le mieux de la haine, ni la vengeance qui guérit le plus efficacement les blessures."
"Le remords est le poison de la vie."
"Il est toujours bon d'avoir un verrou tiré entre soi et le malheur qui peut rôder alentour."
"L'attention ardente de l'auteur aiguise la langue du conteur."
"Les amis oublient toujours ceux que la fortune abandonne."
"Les pressentiments, les affinités, les signes, sont choses étranges qui, en se combinant, forment un mystère dont l'humanité n'a pas encore trouvé la clef."
"Il est heureux que le temps calme les désirs de vengeance, fasse taire les sursauts de colère et de haine."
"La sensibilité, sans la raison est vraiment un insipide breuvage, mais la raison que ne tempère la sensibilité est, pour l'homme, une bouchée trop coriace et amère à déglutir."
"Tous les hommes supérieurs, qu'ils soient sensibles ou non, qu'ils soient fanatiques, ambitieux ou despotes, pourvu seulement qu'ils soient sincères, ont leurs instants sublimes où ils subjuguent et règnent en maîtres."

Quelques extraits
"Je n'avais rien à répondre à ces paroles qui n'étaient pas nouvelles pour moi ; mes plus lointains souvenirs comportaient des allusions de ce genre. Ce reproche d'être à charge était devenu à mon oreille comme une vague complainte, très douloureuse et meurtrissante, mais seulement à demi intelligible."
"Les êtres humains ont besoin d'aimer quelque chose ; à défaut d'objets plus dignes de mon affection, je réussissais à trouver du plaisir en aimant, chérissant cette figurine modelée, flétrie, usée, pareille à un épouvantail en miniature."
"Pour la première fois, j'avais goûté à la vengeance ; c'était comme un vin aromatisé ; en l'avalant, il était chaud, sentait le terroir, mais laissait un arrière-goût métallique, corrosif, donnant la sensation d'un empoisonnement."
"Par-delà cette terre, par delà la race des hommes, il y a un monde invisible, un royaume des esprits ; ce monde nous entoure, car il est partout ; ces esprits veillent sur nous, car ils ont mission de nous protéger ; si nous mourions dans la douleur et la honte, en butte au mépris universel, accablés de haine, mais innocents, les anges, témoins de nos tortures,reconnaîtraient notre innocence."
"Les parterres brunâtres se recouvraient d'une verdure chaque jour plus vive, il semblait que l'Espoir les parcourait pendant la nuit, laissant chaque matin des traces plus brillantes de ses pas. Les fleurs commençaient à se montrer parmi les feuilles : des perce-neige, des crocus, des oreilles d'ours pourpres, et des pensées aux yeux d'or."
"C'est une sensation très étrange pour un être jeune et sans expérience que de se sentir tout à fait seul dans le monde, emporté par la dérive, tous liens rompus, incertain d'atteindre le port vers lequel il fait route, empêché par de nombreux obstacles de revenir vers ce qu'il a quitté."
"La lune montait au firmament avec majesté et, tout en s'éloignant de plus en plus des sommets des collines derrière lesquelles elle était apparue, semblait avoir pour point de mire le zénith, vers lequel elle s'élançait, sombre comme la nuit dans sa profondeur insondable et son éloignement infini ; les tremblantes étoiles suivaient la course de l'astre."
"De temps en temps, ce regard me fait penser à un celui d'un étrange oiseau derrière les barreaux serrés de sa cage ; si ce captif vivace, inquiet, résolu, était seulement libre, il prendrait son vol jusqu'aux nuages."
"Je le regardais et j'en éprouvais un plaisir aigu, rare, mais poignant -or pur avec une pointe d'acier mortelle-, plaisir comparable à celui que ressentirait un homme mourant de soif parvenu avec peine au bord d'une source qu'il sait empoisonnée et qui se penche cependant pour s'y abreuver de divines rasades."
"Mr Rochester avait parfois deviné mes pensées avec une pénétration que je n'arrivais pas à comprendre ; aussi, dans la circonstance présente, ne tint-il aucun compte de ma soudaine réponse et me sourit-il d'un certain sourire qui lui était particulier et qu'il n'avait qu'en de rares occasions. […] Ce sourire était le vrai soleil de la tendresse, et, en cet instant Mr Rochester m'inondait de ses rayons."
"Un admirable été resplendissait en Angleterre. Notre pays, avec sa ceinture de vagues, est rarement favorisé, même pendant un jour entier, d'un ciel aussi pur, d'un soleil aussi radieux que ceux dont nous jouissons depuis longtemps. On eût dit que des journées nous arrivaient d'Italie, comme une bande d'éblouissants oiseaux de passage, pour se poser et prendre un instant de repos sur les falaises d'Albion."

Ma note



samedi 20 avril 2013

Moi, Jean Gabin - Goliarda Sapienza



L'histoire
Nous sommes à Catane, en Sicile, au début des années 30. La jeune Goliarda voue une passion sans borne à l'acteur Jean Gabin dont elle admire la force et les yeux bleus. C’est à la sortie du film Pepe le moko (Il bandito della casbah) qu’elle contracte une dette d’honneur pour avoir donné une bourrade à la bigleuse Concetta et à sa mère, qui avaient dérangé la projection par des réflexions imbéciles.
Pour rembourser sa dette, Goliarda se met à arpenter les ruelles de La Civita, vieux quartier populaire de Catane, en vue de récolter les quelques lires dont elle a besoin. On la suit dans la via Buda où les femmes et les hommes font commerce d’eux-mêmes, dans le basso du marchand de jasmin, dans l’atelier plein de mystères du marionnettiste Insanguine, chez son oncle Giovanni, patron d’un magasin de chaussures, le seul de la famille qui n’a pas adopté les idées anarchistes ou communistes. Au fil de son périple, on croisera aussi ceux de sa famille — père, mère, frères et sœurs — qui se chargent de corriger l’éducation qu’on lui donne à l’école. Goliarda parviendra-t-elle à rembourser sa dette ?

Mon avis
Ce récit autobiographique plonge le lecteur au coeur de l'Italie fasciste de l'entre-deux guerres. L'auteur, Goliarda Sapienza, y évoque avec passion les souvenirs qui ont marqué son enfance passée à Catane, en Sicile. Les anecdotes qui émaillent son récit mettent en lumière le cheminement vers l'âge adulte d'une enfant drôle, sensible, exubérante et surtout étonnamment mature, qui évolue dans un environnement familial et social peu ordinaire.
Comme chez n'importe quel autre enfant, l'imaginaire tient une place importante dans la vie de Goliarda. Son modèle à elle, celui qui la fascine et auquel elle s'identifie, c'est Jean Gabin. Il l'aide à maîtriser ses sentiments mais aussi à faire face à certaines situations, parfois difficiles à gérer pour un enfant.
Moi Jean Gabin est un roman joyeux et enthousiaste qu'il faut impérativement déguster avec lenteur pour mieux en apprécier toute la richesse et la poésie.

Mes citations préférées
"Pour être bandit, voleur, ou simplement rebelle, il faut avoir par-dessus tout de la mémoire, autrement on est foutu !"
"Tous les hommes deviennent faibles devant leur amour."
"La vie est économie et rêve, et si l'on réussit à détacher nettement ces deux champs et à les tenir en respect de façon qu'aucun des deux ne prenne le dessus sur l'autre, on a la grandeur."
"Les sous, c'est vraiment étrange, tant qu'on les garde entiers ils peuvent durer un mois, mais si on les change en un tas de petite monnaie qui sur le moment paraît une montagne, ils se volatilisent en un clin d'oeil."
"Les gens actifs, pleins de vie, sveltes et vifs, bref, en un mot, antifascistes, dorment peu et ne s'ennuient jamais."
"La vraie beauté a comme une pudeur innée, une défense dont la nature entoure ce qu'elle estime précieux et digne seulement de qui saura l'apprécier."
"On ne comprend rien des lieux si on ne connait pas quelqu'un qui les a vécus, c'est comme faire une collection de cartes postales fadasses."
"Ce côté animal que nous avons est vraiment un problème. La plus grande partie du temps de la vie, on la perd à manger et à dormir."
"Un petit mensonge est préférable à une vérité cruelle."
"C'est étrange, l'impossibilité de communiquer une joie est plus douloureuse que celle de ne pouvoir communiquer une souffrance."
"Une joie est quelque chose qui réclame tout de suite, de toute urgence, d'être reconnue par les autres, partagée."

Quelques extraits 
"Ses yeux bleus -ceux de Jean, bien sûr- rêvaient d’une femme qui serait comme un fleuve, un grand fleuve languide et vertigineux s’en allant nourrir la mer de ses eaux limpides. Voilà ce que j’ai appris de lui, et pour moi la femme a toujours été la mer. Entendons-nous, pas une mer dans un élégant cadre doré pour fanatiques du paysage, mais la mer secrète de la vie […]."
"Revoir les films de Jean Gabin : je savais comment faire. En fermant les yeux, je repassais une à une toutes les scènes sur l'écran de la mémoire, très puissante chez moi comme du reste chez tous ceux qui gagnent leur pain et leur liberté au jour le jour."
"Je cours, et l'argent chante dans ma poche ! Ce chant est doux mais je dois le faire taire et, le tenant solidement dans ma paume, je glisse le long du mur. Le bruit de l'argent est dangereux sur ces trottoirs pleins de monde et au milieu de ces bassi entrouverts aux aguets."
"La polenta frite par Ivanoe est la chose la plus fantastique et la plus savoureuse qu'on puisse désirer, et, toute tranquille puisque je suis son petit écureuil, je m'assieds sur un haut tabouret près du fourneau à bois et me prépare à savourer les gestes savants qu'il a en coupant ces belles petites tranches couleur d'or, en les plongeant dans l'huile et en les faisant frire jusqu'au point où il les transforme vraiment en autant de petits morceaux de soleil goûteux et parfumés."
"Ce qui m'étonne, c'est comment la vie, la vraie, c'est-à-dire les préoccupations financières, les fascistes, ont le pouvoir d'enterrer jusqu'aux rêves les plus beaux."
"La Civita, grand quartier ! que dis-je, grande ville dans la ville, où tout pouvait arriver et où tout le monde trouvait le moyen de traficoter, voler, créer, rivaliser, et aussi de gagner honnêtement son pain si l'on est né honnête..."
"Eh oui, j'ai été allaitée par un homme -mon premier souvenir, c'est deux bras forts et poilus qui me soulèvent-, entendons-nous, pas à son sein, au biberon que lui, lui seul, arrivait à me faire prendre."
"Chez moi comme sur le Continent les petits sont eux aussi des individus conscients que les grands aident à grandir et à choisir leur propre identité. Tu veux être une femme ? Tu le seras. Tu veux être journaliste, moine bouddhiste ou religieuse catholique ? Tu le seras. Il suffit que tu travailles et cherches en toi ce qu'est vraiment ta vocation. Je ne l'ai encore dit à personne mais mon rêve est de devenir vraiment comme Jean. Mais ça vous l'avez déjà compris."
"La vie est un combat, rébellion et expérimentation, voilà ce dont tu dois t'enthousiasmer jour après jour et heure après heure. […] Recommencer, voilà le secret, rien ne meurt, tout finit et tout recommence, seul l'esprit de la lutte est immortel, de lui seul jaillit ce que communément nous appelons la Vie."

Ma note


vendredi 12 avril 2013

Yum Yum

Si comme moi, vous aimez la cuisine asiatique, cette nouvelle adresse de resto devrait vous plaire. J'y suis allée une première fois en septembre 2012, et comme j'avais promis à ma fille aînée de l'emmener dès que possible, j'y suis retournée aujourd'hui avec elle.

Le restaurant en question s'appelle Yum yum, ce qui signifie Miam miam en français. Il est situé en plein coeur de Nantes, à 2 pas de la place du Commerce, et propose des spécialités vietnamiennes.


Bien que la météo ne soit pas mauvaise, il ne fait pas suffisamment chaud pour déjeuner en terrasse. Il faut donc se rabattre à l'intérieur. Le hic c'est que la salle est particulièrement étroite. Il n'y a qu'une petite vingtaine de places en tout et pour tout.


La décoration intérieure est gaie et moderne : murs gris, tables en bois et chaises vertes. Le Yum Yum propose différentes formules :
- entrée + plat à 10 €
- plat + dessert à 9,5 €
- entrée + plat + dessert à 11 €

J'hésite un peu à prendre la formule entrée + plat (j'adore les rouleaux de printemps et les nems) mais finalement je choisis la formule plat + dessert. Morgane fait de même. Pour le plat, nous choisissons toutes les deux le Bo bun au boeuf (il existe aussi une variante aux crevettes).


Aucune fausse note pour ce plat : la viande est tendre, les nems croustillants et les vermicelles de riz parfaitement cuits. Un délice !

Pour le dessert, Morgane choisit des nems. Ils sont servis par deux : l'un à la banane, l'autre au chocolat.


Là encore la cuisson des nems est parfaite. Le nem à la banane ne soulève pas un enthousiasme débordant de la part de Morgane, qui lui préfère celui au chocolat. Mais c'est plus parce qu'elle n'aime pas trop la banane.

Quant à moi, je choisis les fondants de coco, servis par deux eux aussi.


Mes fondants sont servis un peu tièdes, on sent bien la noix de coco. La texture est un peu gélatineuse, c'est pas mauvais du tout.

J'ai jeté un oeil aux plats qui ont été servis sur les tables à côté de la nôtre. La soupe Pho-Bo m'a semblé appétissante ainsi que le boeuf façon "Loc Lac". Côté entrée, les nems et raviolis de crevette avaient bonne allure également.

Le Yum Yum est assurément une super adresse qui mérite le détour. Les plats sont bien présentés, les produits sont frais et le rapport qualité-prix est excellent. Une adresse plutôt pour un déjeuner rapide le midi mais pourquoi pas aussi le soir avant de se faire une toile... ;-)

Ma note


  


Yum Yum
2 bis, allée Flesselles
44000 Nantes
Tel. : 02 28 44 91 46

mercredi 10 avril 2013

Monteleone

Cela ne m'arrive plus très souvent et c’est bien dommage, mais ce début de semaine, j'ai eu l'occasion d'aller sur Paris, dans le 14ème arrondissement, pour suivre une formation.

Le 14ème arrondissement et moi c'est une longue histoire d’amour... ! ;-) J'adore ce quartier que je connais relativement bien, d'une part pour y avoir travaillé pendant 7 ans, et d'autre part, pour l’avoir arpenté en long, en large et en travers avec mon petit copain de l’époque (devenu par la suite mon mari). Lorsque j'ai l'occasion d'y retourner, plein de souvenirs me reviennent et j'éprouve toujours une certaine nostalgie.

Mais revenons au sujet de mon article. J’ai donc profité de cette virée parisienne pour tester un restaurant italien : le "Monteleone". Les avis que j'avais consulté sur différents sites (l’internaute restaurant, la fourchette) étaient globalement très positifs et j’y suis donc allée en toute confiance.

Le Monteleone (c’est le nom d’un petit village situé en Sardaigne) est tenu par un jeune chef Sarde. Il se situe entre la porte de Vanves et la porte d’Orléans, à 2 pas de la station de tram Jean Moulin.


A mon arrivée, je suis accueillie par un serveur qui me propose de m’installer à une table située à côté d’une fenêtre donnant sur la rue. En attendant que l'on m'apporte la carte, j'en profite pour parcourir des yeux la salle. Cette dernière est décorée avec goût et se prête tout à fait à un repas en amoureux. Bon, il se trouve qu'exceptionnellement je déjeune toute seule…

Le serveur m'apporte la carte qui comporte de nombreuses spécialités : antipasti, pâtes fraîches, poissons, viandes et bien sûr desserts (les fameux dolci). Le midi, plusieurs formules sont proposées à 10,50 € (plat unique), 15 € (entrée/plat ou plat/dessert) et 17,50 € (entrée/plat/dessert). Je choisis la formule plat+ dessert à 15 €.

Deux plats au choix sont proposés : Seppie e piselli (marmite de seiches avec petits pois) ou Spaghetti al ragù bianco (spaghetti au ragoût blanc de veau). Je prends les spaghetti.


Lorsque mon plat arrive à table, je me dis que je ne vais jamais pouvoir tout manger tant c’est servi copieusement. On ne le voit pas forcément bien sur la photo mais il y a vraiment une montagne de pâtes !

La présentation est très soignée, à l’œil c’est agréable. En revanche, gustativement parlant, ce n’est certes pas mauvais mais c’est loin d’être exceptionnel. Les pâtes sont cuites al dente, pas de soucis de ce côté, mais la sauce, est très crémeuse et je la trouve donc beaucoup trop riche. Comme je le pressentais, je ne finis pas mon plat...

Pour le dessert, 2 choix là encore  : glace artisanale ou zabaglione. Je choisis le zabaglione.


 
Le zabablione c'est une mousse chaude aux œufs, parfumée au Marsala. C’est la première fois que je goûte à ce dessert et là encore, je ne suis pas vraiment séduite. La mousse chaude aux œufs bien que relativement légère n’excite pas vraiment mes papilles et surtout, on sent beaucoup trop le Marsala à mon goût. J’aime beaucoup ce vin liquoreux, qui se déguste souvent à l’apéritif, mais bon quand même…

Bilan très moyen donc pour ce restaurant. Si les plats sont dressés avec beaucoup de soin, ils manquent vraiment de légereté et de raffinement. Les portions sont donc, de facto, bien trop généreuses. Par ailleurs, le service est certes efficace mais le personnel n’est pas particulièrement chaleureux. Et même si le cadre est agréable, cela ne suffit malheureusement pas pour me convaincre.

Ma note


  

Restaurant Monteleone
68 bis, avenue Jean Moulin
75014 Paris
Tel. : 01 45 42 02 02